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Mercredi, 09 juin 2010 à 00:00:00

RED STAR STORY : GUILLERMO STÁBILE

PORTRAIT DE STÁBILE, EL FILTRADOR !
Redstar.fr dévoile un nouveau visage historique du Red Star : Guillermo Stábile. Ce buteur au parcours singulier a laissé une marque profonde dans le football argentin. Il a également joué un rôle important dans le football audonien...

Guillermo Stábile ne doit la modestie de sa notoriété qu'à une seule et unique raison : il s'est illustré trop tôt dans le football encore balbutiant des années trente. Un rien désuet au premier abord, ce football d'un autre siècle balise pourtant les repères des compétitions qui passionnent aujourd'hui encore la planète entière. Ainsi cette période est-elle le théâtre de la première Coupe du monde de football, organisée en 1930 en Uruguay, double championne olympique en titre, en 1924 et 1928 (1). A vingt-cinq ans, Stábile est du court voyage pour Montevideo. Les deux championnats argentins remportés avec le Club Atletico Huracán en 1925 et 1928 ne lui avaient jamais offert l'honneur de l'Albiceleste avant la Coupe du monde 1930. Luis Felipe Ruiz, co-auteur du livre du centenaire du Huracán, le décrit comme un joueur "maigre, d'apparence fragile, mais d'une rapidité éclatante, plus caractéristique d'un athlète que d'un footballeur de l'époque, qui a commencé comme ailier gauche, bien qu'il atteint sa splendeur comme avant-centre".
C'est dans la peau d'un remplaçant qu'il aborde la compétition. L'Argentine dispute sans lui la toute première rencontre de Coupe du monde de son histoire, le 15 juillet 1930. Une victoire 1-0 face...à la France.

Soulier d'or de la première Coupe du monde
Trois jours plus tard, pour affronter le Mexique, le sélectionneur argentin, Juan José Tramutola, fait tourner son effectif. Il ne conserve que trois des titulaires qui avaient battu la France dans son onze de départ. Guillermo Stábile est aligné dans cette équipe bis, qui fait exploser le Mexique 6 à 3. Il ne lui faut que huit minutes sous le maillot albiceleste pour inscrire son premier but. Il marque ensuite le deuxième et le sixième but de son équipe. Il devient le deuxième joueur à inscrire trois buts dans un match de Coupe du monde, l'américain Bert Patenaude ayant réussi un hat trick qui permet aux USA de battre le Paraguay 3-0, deux jours plus tôt.
Qu'importe, c'est Stábile qui inaugurera  le panthéon des buteurs de légende de la Coupe du monde ! Stábile ne sort plus de l'équipe quand les titulaires sont de retour face au Chili. Il inscrit deux des trois buts albicelestes qui permettent à l'Argentine de terminer première de son groupe.
El Filtrador (2) ne perd pas le rythme. Il inscrit ses sixième et septième buts de la compétition en demi-finale, face aux Etats-Unis, laminés 6 buts à 1, et un dernier but lors de la finale, qui consacrera finalement l'Uruguay (4-2). Ses huit buts permettent à Stábile de ramener au pays le Soulier d'or de la compétition. Il rejoint l'Argentine auréolé d'une nouvelle notoriété mondiale après avoir marqué lors des quatre matches qu'il a disputé sous le maillot argentin lors de la Coupe du monde.

De l'Albiceleste à la Squadra Azzura
En Italie, Benito Mussolini perçoit les vertus populaires d'un sport dont il obtient l'organisation de la deuxième Coupe du monde. Pour servir la cause de la  propagande, il rapatrie quelques uns des meilleurs joueurs argentins grâce au subterfuge de la double nationalité. Orsi,Monti, Demaría et Stábile rejoignent l'Italie. Ses trois compatriotes soulèveront la Coupe du monde sous le maillot italien en 1934. El Filtrador n'aura pas la même destinée.
Ses débuts sous le maillot du Genoa sont pourtant tonitruants. Le 16 novembre 1930, deux jours seulement après son arrivée au terme de la longue traversée en bateau de quinze jours nécessaire à l'époque pour rejoindre le vieux continent, sans même avoir eu l'opportunité de s'entraîner avec ses nouveaux coéquipiers, il inscrit un triplé face à Bologne, leader du championnat. Mais trop longtemps écarté des terrains par une fracture du tibia, puis une autre du péroné, Stábile n'inscrira que dix autres buts en quatre saisons au Genoa. Il termine son parcours italien sous les couleurs du Napoli sans plus de succès, avant de se lancer dans une nouvelle aventure, du côté de Saint-Ouen. Nous sommes en 1935.

Le premier Argentin du Championnat de France
En France, le championnat professionnel n'est alors qu'une compétition toute récente. C'est pour l'heure la Coupe de France qui fait autorité, et étalonne la notoriété des clubs. En dépit de performances aléatoires en championnat, les quatre trophées que compte le Red Star à son palmarès lui confèrent un statut de quadruple "champion de France", comme il est coutume de considérer le lauréat de la Coupe à l'époque.
En attirant El Filtrador, le Red se dote d'un atout majeur, que Paris Soir surnomme "La nouvelle idole de Paris". Un buteur de premier plan qui inaugure la longue histoire d'amour entre le championnat de France et les footballeurs argentins.

Le Red Star rampe de lancement vers l'Albiceleste
Au cours de la saison 1935-36, Stábile inscrit dix buts aux côtés de Fred Aston. Quatorzième avec le même nombre de points que la lanterne rouge, Alès, le Red sauve sa place de justesse dans l'élite. Pour la deuxième fois consécutive, il atteint la demi-finale de la Coupe de France. Mais après l'OM, c'est Charleville, un club mal classé de deuxième division dans lequel évoluent deux futurs audoniens, Helenio Herrera et Julien Darui, qui stoppe un beau parcours aux portes de Colombes.
La saison suivante est de meilleure facture en championnat. Les Audoniens terminent neuvièmes, dirigés par un entraîneur-joueur : Guillermo Stábile ! On ne se doute pas encore que cette prise de responsabilités, déjà assumé une saison au Genoa, mènera plus tard l'Audonien vers une destinée ciel et blanche, à la tête de la sélection argentine.
Avant d'y parvenir, l'Argentin tanne sa peau d'entraîneur en connaissant les affres de la relégation, au terme d'une saison 1937-38 au cours de laquelle il est trop longtemps privé de ses deux atouts majeurs : Fred Aston et le buteur André Simonyi. Les critiques l'épargnent pourtant, à l'image de cette saillie du directeur sportif, De Fusier, rapportée par le Red Star, histoires d'un siècle : "Après les entraînements, les joueurs ne transpiraient même pas. Seul, l'entraîneur était en nage".

Toujours aux commandes de l'équipe en Divison 2, Stábile bâtit une équipe taillée pour la remontée. En 40 matches, le Red inscrit 107 buts et s'octroie le titre de champion de deuxième division 1938-39. Mais le coeur n'y est plus. L'Europe se prépare à un conflit majeur. El Filtrador rejoint Buenos Aires, laissant ses joueurs terminer la saison avec Augustin Chantrel, ce milieu de terrain international connu pour avoir remplacé Alexis Thépot -également Audonien- dans les buts de l'Equipe de France lors du premier match de la Coupe du monde 1930. La boucle est bouclée...

Palmarès incomparable
Guillermo Stábile sera le sélectionneur argentin durant vingt et un ans, portant le record de longévité à un niveau qui ne sera certainement jamais menacé. Jusqu'en 1958, l'Argentine ne participe plus à la Coupe du Monde. L'échec prématuré de la Coupe du monde 1934 et l'exil de ses meilleurs joueurs incitent l'état à n'autoriser la sortie de son Albiceleste que pour survoler la Copa America. Pour autant, les titres s'enchaînent. Avec sept trophées glanés en dix participations, deux finales et une troisième place, El Filtrador est le roi d'une compétition qu'à titre de comparaison, l'Argentine n'est parvenue à remporter qu'à deux reprises depuis qu'il a quitté ses fonctions.
En 1957, un an avant la Coupe du Monde, Stábile construit une équipe compétitive autour de son "Trio de la muerte", composé de Maschio, Angellilo, et Sivori. Cette triplette d'adolescents géniaux permet à l'Argentine de remporter une onzième Copa America en 1957, en écrasant l'Uruguay et le Brésil. Malheureusement, après avoir inscrit vingt des vingt-cinq buts argentins pendant la Copa America 1957, les trois gamins deviennent subitement Italiens à quelques mois du retour en Coupe du monde de l'Argentine, en 1958. Comme un hoquet de l'histoire pour Stábile, qui prend progressivement du recul après le cuisant échec de 58 (4). Il laissera néanmoins une trace indélébile dans la légende du football argentin.

Michaël Grossman (avec David Palaysi)

> Quelques images de Gillermo Stábile lors de la Coupe du monde 1930, en cliquant ici.


(1) Médailles d'or aux Jeux de Paris en 1924 (victoire finale 3-0 contre la Suisse), puis aux Jeux d'Amsterdam en 1928 (victoire finale 1-1, puis 2-1 en match d'appuis, face à l'Argentine) qui constituent les deux vraies premières compétitions mondiales de football.
(2) L'homme qui se faufile, en illustration de sa rapidité et de son habileté pour transpercer les défenses adverses et parvenir au but.
(3) Sûre de sa domination au point que le sacre mondial ne faisait aucun doute au pays, mais démantelée, et dépourvue d'expérience hors d'Amérique du Sud, l'Argentine est étrillée 6 à 1 par la Tchécoslovaquie et ne passe pas le premier tour de la compétition.

> Remerciements :
• Pierre Laporte pour ses précieuses recherches.
• Sinceros agradecimientos a Alejandro Magaldi, de la Asociación del Fútbol Argentino, a Carlos, Marcelo y Osvaldo del Centro de Investigación sobre la Historia del Fútbol en Argentina.



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