Red Star Story : La Grande Guerre

Les premières étoiles du Red Star

De toute évidence, la Première Guerre Mondiale est venue freiner la progression du Red Star, paralysant l’Europe entière. Mais paradoxalement, c’est aussi à cette période que le club s’est professionnalisé, comme l’ensemble du football et du sport français. De fait, certains des plus grands joueurs du club ont écrit leur légende audonienne, en parallèle de cette sombre page de l’Histoire.

L’installation définitive à Saint Ouen
Eté 1910, le Red Star, fatigué des querelles internes du football français, se joint à d’autres clubs pour fonder ensemble la Ligue de Football Association (LFA). Cette nouvelle association va alors adhérer au Comité Français Interfédéral de Charles Simon, seule entité reconnue par la FIFA. Jules Rimet abandonne la présidence du Red Star pour prendre la tête de la LFA, le projet de FFF (d’abord FFFA) déjà en vue.
Mais le Red Star ne perd pas seulement son président mythique. Le premier vélodrome d’hiver ayant été détruit en 1909, le club doit quitter son terrain vague de la rue Nélaton (métro Grenelle), emplacement choisi pour la construction du nouveau Vel’d’Hiv. Le Red Star s’installe alors rue de La Chapelle (ensuite rue du Docteur Bauer), à l’angle de l’avenue Michelet, et à seulement quelques encablures de la Porte de Clignancourt.

La belle époque du Red Star
En 1912, emmené par leur légendaire capitaine Lucien Gamblin et leur directeur sportif/entraineur Roland Richard, le Red Star est sacré champion LFA. Le club va en profiter pour rencontrer les plus grandes équipes européennes de l’époque avec notamment une défaite étriquée (2-1), à domicile contre les professionnels anglais de Tottenham, en 1913. En 1914, le Red Star termine deuxième du championnat LFA, juste avant la "der des ders".
L’appartenance à la toute nouvelle LFA attire de nouveaux joueurs. C’est ainsi qu’en 1910 signe au club Eugène Maës dit "Tête d’Or". Le nouveau lutin audonien, réputée pour son coup de tête ravageur et sa surprenante détente va faire les beaux jours des Vert et Blanc et de l’équipe de France avec 11 sélections pour 15 buts dont un triplé historique contre l’Italie (1913) et un quintuplé contre le Luxembourg. Il part à Caen en 1914 où il finira sa carrière.

Gamblin et Chayriguès, héros au football comme à la guerre
Cette époque est aussi celle des premiers grands héros du club, comme le légendaire Lucien Gamblin qui a effectué toute sa carrière au Red Star (1907-1925). Brillant arrière, capitaine audonien et chez les Bleus (17 sélections), il remporte les trois Coupes de France consécutives. Pendant la guerre, il est sur le front, au grade de capitaine, et l’hebdomadaire Sporting en fait même un héros national sur sa première page de janvier 1916.
Richard recrute également Pierre Chayriguès qui va révolutionner le poste de gardien tout en conférant au club un dernier rempart de poids de 1913 à 1925. Les Vert et Blanc y auront mis un prix astronomique, reflet du professionnalisme grandissant du club, mais celui qui aura été gardien des Bleus à 21 reprises leur aura bien rendu. Pendant la guerre, Sporting en fait aussi sa couverture, le portier profitant d’une permission pour jouer avec le Red Star.

Nicolas, la poudre du Red Star
Un communiqué du 11 novembre 1918, relayé par l’Auto, vient signifier l’entrée en vigueur de l’armistice. Ainsi, début 1919, le capitaine Gamblin arrive à convaincre le jeune fantassin Paul Nicolas pour qu’il rejoigne le Red Star et l’équipe de France militaire, dont il est le sélectionneur. Les deux hommes se retrouveront un peu plus tard aux Jeux Interalliés, où la France s’inclinera en finale et où le Red Star perdra Chayriguès sur blessure pour des mois.
Mais le Red Star a recruté le meilleur attaquant français de l’entre-deux-guerres. Sélectionné à 35 reprises, Nicolas marquera 20 fois avec l’équipe de France. Buteur redoutablement efficace, il va ravir les supporters audoniens, réussissant notamment l’incroyable avec le Red Star en remportant quatre fois la Coupe de France, rebaptisée Charles Simon (tué à la guerre). Par la suite il sera notamment sélectionneur français pour la Coupe du Monde 1958.

Quentin Paquelier