Quevilly – Red Star

Un duel récent mais passionnant


Le Red Star a découvert Quevilly sur le tard. Invisible du côté de Lozaï avant 2006, l’Etoile Rouge s’est rattrapée depuis en s’y rendant quatre fois. D’abord en CFA puis en National. Les deux clubs ayant poussé le mimétisme jusqu’à accéder la même année à l’équivalent de la troisième division ! Ce n’est d’ailleurs pas le seul de leur point commun. Focus.

Des duels acharnés
Deux villes, cent trente kilomètres et la Seine en partage. Dans cette Normandie industrieuse, l’Etoile Rouge s’est toujours sentie un peu chez elle. Serait-ce l’air du grand fleuve dans ce fief du football ouvrier ? Rien est moins sûr, toujours est-il qu’en quatre déplacements, le Red s’est toujours montré assez serein, en dépit de circonstances pas toujours très favorables. Tout pourtant n’avait pas très bien commencé : un nul en 2007 alors que Quevilly luttait pour ne pas descendre en CFA2 (2-2) et une défaite l’année suivante (3-1). Baptême difficile. Le déclic a lieu en 2010, l’USQ et le Red trustent les deux premières places du CFA et se retrouvent à Lozaï pour le choc au sommet du groupe A. Les joueurs de Saint-Ouen, qui ne gagnent plus depuis un mois, doivent faire un résultat. Le peuple Vert et Blanc comprend l’enjeu et se mobilise. Cars, voitures, train : ils sont deux cents à braver le froid de février pour soutenir leurs couleurs en Seine-Maritime. Malgré l’expulsion de l’Audonien Bennaï (38e), c’est le Red qui ouvre la marque sur une tête splendide de Sabin (0-1, 55e), auteur ce jour de son premier but de la saison. Murcy (1-1, 67e) et Weis (2-1, 85e) refroidissent les espoirs audoniens. Mais l’Etoile, superbe de détermination, arrache l’égalisation par Fardin (2-2, 90e). Un nul qui vaut cher et “quelque chose d’inoubliable” pour Ludo, l’enfant du club.

La saison passée, le Red a encore été chercher un bon nul à Quevilly. Toujours soutenus par de nombreux fans, les Redstarmen ont ouvert la marque par Allegro d’un joli tir à l’angle de la surface (0-1, 14e) mais se sont fait reprendre par Capelle (1-1, 65e). Un point qui valait cher dans l’optique du maintien face à des Normands qui venaient d’enchaîner trois succès consécutifs.

Des personnalités en commun
L’US Quevilly fête cette année ses cent dix ans. Tout au long de cette histoire, elle a partagé quelques figures avec le Red Star. Philippe Bonnardel fut le pionnier de ces joueurs passés par les deux clubs. Audonien emblématique, vainqueur de trois coupes de France sous le maillot du Red, capitaine des Bleus, cet “inter” comme on disait alors rejoint Quevilly en 1925. Là-bas il participe à une dernière finale de Coupe (1927) qu’il perd. Aucun autre joueur ne marquera d’une telle empreinte les deux clubs. Un entraîneur peut-être. Régis Brouard, passé par Saint-Ouen en tant que joueur (1996-1997), a laissé dans la banlieue de Rouen un souvenir impérissable. Entre 2008 et 2012, il obtiendra la montée en National et hissera son club en demi et en finale de la Coupe de France.
Pour l’anecdote, si le Red Star ne compte aujourd’hui aucun ancien de l’USQ dans ses rangs, la réciproque n’est pas vraie puisque l’attaquant Nabil Ouarguini évolue sous le maillot jaune et noir depuis août. Il a déjà inscrit deux buts sous ses nouvelles couleurs.

Amours partagés
L’Etoile Rouge et Quevilly sont deux spécialistes de la Coupe. Cinq fois vainqueurs du trophée, les Audoniens présentent un net avantage puisque l’USQ, si elle a marqué les mémoires par ses épopées, ne l’a jamais remporté (finale en 1927 et 2012, demi-finale en 1968 et 2010). Autre point marquant, les deux clubs sont montés en National la même année (2011) comme si, même s’ils se sont connus sur le tard, ils refusaient désormais de se quitter.

Vendredi les deux équipes se retrouveront une nouvelle fois dans un moment décisif de leur histoire. Quevilly, dernier du championnat, jamais victorieux cette saison, doit impérativement l’emporter pour croire encore au maintien. Le Red, au milieu du tableau, veut vaincre pour la première fois à l’extérieur et entrer dans le top 10. Unis dans les heures glorieuses de certaines montées comme dans les moments difficiles (la victoire de l’USQ à Bauer avait entraîné un changement de coach au Red Star en 2011), les deux clubs seront, à nouveau, ensemble face à leur destin.

François-Xavier Valentin
Crédit photo : Philippe Le Brech