Hélénio Herrera

Le Catenaccio vient de lui !


Inventeur du catenaccio, vainqueur de la Coupe de France en 1942 sous les couleurs audoniennes, Helenio Herrera fût un défenseur rugueux avant de devenir l’entraîneur génial que l’Italie idolâtre. Portrait d’un personnage fascinant mort il y a quinze ans.

La star du Red Star, c’est lui
Homme du monde né à Buenos Aires, ayant grandi au football à Casablanca, faisant la conquête de ses premiers titres à Paris et mort à Venise, Helenio est adulé partout où il est passé. Argentin de naissance, il devient français dans les années 30 et entame une carrière de joueur. Aimant déjà plus que tout l’entraînement et l’effort, il passe son temps à jouer.  Repéré par le CASG, il quitte Casa et les rivages de l’Atlantique pour la métropole. C’est dans la capitale (au Club Athlétique puis au Stade Français) qu’il débute véritablement son parcours footballistique et que commence son histoire au Red Star. Une histoire courte mais intense. Arrivé à l’été 1941 avec son ami Darui, il s’installe en défense centrale. Joueur dur et serein, doté d’une haute estime de lui-même, il participe à l’épopée en Coupe de France en 1942. Vainqueurs de Sète en finale, il fait partie de l’infranchissable ligne défensive inviolée le 17 mai (2-0). La suite de son expérience de joueur est moins glorieuse, il y met un terme à trente-cinq ans à Puteaux. Sans transition, il prend place sur le banc de l’équipe des Hauts-de-Seine puis migre vers l’Espagne. A Valladolid, il reste une saison et parvient à hisser l’équipe en Primera mais c’est encore une fois dans la capitale qu’il se révèle réellement. A Madrid, il prend les rênes de l’Atletico. Les Rojiblancos connaissent, sous son impulsion, leur âge d’or. Emmenés par la perle noir Larbi Benbarek, les Madrilènes remportent deux Ligas consécutives (1950, 1951). Tactiquement et physiquement au point, l’équipe développe les principes d’Herrera avec application. Elle marque 87 buts en 1949/1950 et 80% des réalisations sont inscrites par les attaquants. Sa réflexion est en marche, sa légende aussi. Sûr de lui, il aime la lumière des projecteurs au point d’être le premier entraîneur médiatique. Sorte de Mourinho avant l’heure, il gagne le surnom d’El Mago (le magicien) en remportant deux nouvelles Ligas avec le Barça (1959, 1960). Ses mauvaises relations avec Kubala, la star de l’équipe, le poussent vers la sortie prématurément.

Un entraîneur cosmopolite à l’Internazionale
Vexé, l’orgueilleux H.H prend la direction de l’Italie. En dépit d’hallucinantes prétentions financières, Moratti décide de l’engager. Il ne sera pas déçu. Avec son Inter, le Mago construit le catenaccio : une défense centrale renforcée (trois défenseurs), des couloirs utilisés offensivement (deux latéraux jouant très haut) et le foot pensé comme une science : “On gagnera avant même d’être descendu du bus” déclare-t-il. Il avait fait de la préparation des matches et de la motivation de ses joueurs sa force essentielle. Son slogan “Taca la bala”, mélange de trois langues, résume son idée du football et fait des ravages en Italie. Trois scudetti (1963, 1965, 1966) et deux Ligues des Champions (1964, 1965) viennent prouver l’ampleur de son apport à une Internazionale éternellement reconnaissante. Seul étranger à avoir eu le privilège d’être sélectionneur de la Squadra Azzura, il mesure l’immense honneur qui lui est fait.  Attachés à ces clubs, il acceptera de revenir à l’Inter (1973-1974) puis au Barça (1979-1981) avant de rendre définitivement son tablier.
Homme mystérieux, coach d’élite, sûr de lui et dominateur, réclamant la paternité du catenaccio avant de tenter de s’en détacher tout le reste de sa carrière, Il Mago reste un des plus grands entraîneurs que le football ait connu. Et si dimanche dernier, l’Italie a su tenir en échec la meilleure équipe du monde avec trois défenseurs et deux excentrés, c’est un peu la victoire d’Helenio.

François-Xavier Valentin